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Accompagner des lecteurs

Lundi 20 mai de 10h à 12h aura lieu, à la bibliothèque communale de Saint-Josse, la 3e présentation de notre publication « Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque ».

logo ages et transmissionCet événement est mené en partenariat entre le Collectif Alpha, la bibliothèque publique de Saint-Josse, CTL La Barricade et Âges & Transmissions. C’est l’occasion d’en dire un peu plus un troisième type de partenaires des projets d’alphabétisation en bibliothèque : les bénévoles, ou plutôt, les « accompagnants », comme les nomme Sylvie Lerot, responsable du projet pour l’asbl Âges & Transmissions.

Cette association développe des projets pour et avec les seniors en vue de créer des ponts entre générations et cultures. Et c’est bien ce qu’on retrouve au cœur du projet Lire à deux, initié en 2012 dans la bibliothèque communale de Saint-Gilles par Kristine Moutteau, formatrice au Collectif Alpha. De plus, ce projet autour du livre avec des adultes faisait écho à un autre projet mené depuis de nombreuses années par les seniors : « Coup de pouce lecture et langage« .  Celui-ci se déroule dans les écoles primaires avec des enfants qui présentent des lacunes en français. Cependant, les bénévoles regrettent parfois de ne pas avoir de contacts avec les parents. S’adresser cette fois à un public adulte peu scolarisé et généralement allophone permettait donc de boucler la boucle.

Un projet qui fait des petits

La sauce a pris puisque Lire a deux se déroule maintenant dans pas moins de cinq lieux différents. Sylvie a d’abord collaboré avec Kristine, mais également avec ses collègues du Collectif Alpha de Molenbeek, qui ont reproduit l’expérience à la bibliothèque communale de Koekelberg à partir de 2015. Ensuite, d’autres opportunités se sont présentées, sans être liées au Collectif Alpha : en 2016 à la bibliothèque St Henri avec Alpha Andromède (CASG Wolu Services), 2017 à la bibliothèque communale de Saint-Josse, avec CTL La Barricade, et en 2018, c’est Le Maître Mot qui s’est lancée dans l’aventure à Ixelles, avec un public FLE (Français Langue Étrangère) cette fois, donc des adultes scolarisés mais dans une autre langue que le français. Un beau développement pour ce projet qui, espérons-le, est loin d’être terminé…

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Un cadre simple, rassurant et ouvert

Il est assez facile de trouver des bénévoles. Sylvie identifie plusieurs facteurs à cet engouement : un cadre bien défini et le fait de faire partie d’une équipe, qui rassurent, le partenariat avec la bibliothèque et le centre de formation qui permettent de fournir des albums adaptés, et bien sûr, la sentiment de se sentir utile.

Le cadre est simple, mais aussi ouvert : en fonction des évaluations, des échanges lors des rencontres entres projets, on réajuste le timing, on teste des activités d’amorce, on renforce ce qui a bien fonctionné… Le rôle de Sylvie en tant que responsable des bénévoles dans le projet est important pour lancer la dynamique, partager l’expérience acquise, mettre les différents acteurs en lien, constituer l’équipe d’accompagnants, mais la deuxième année, elle se retire sur la pointe des pieds pour laisser une plus grande autonomie à ceux qui sont sur le terrain. Elle veille cependant à maintenir le réseau d’accompagnants et de professionnels en organisant des rencontres entre projets, qui permettent de compiler des bonnes pratiques (recueil disponible à la demande chez Âges & Transmission)

Ainsi, concernant l’organisation des binômes lecteur – accompagnant, certains ont remarqué que garder plusieurs fois le même binôme permet d’avoir le temps de s’habituer l’un à l’autre, mais qu’une rotation est intéressante aussi, pour pouvoir expérimenter d’autres styles : ils tablent donc sur une série de 3 séances avec la même personne pour ensuite changer… sauf imprévus! Car les aléas de la vie font que parfois, il y a plus d’accompagnants que de lecteurs : c’est pourquoi Sylvie privilégie des personnes qui vivent à proximité de la bibliothèque, d’une part pour ne pas devoir perdre du temps en longs trajets en cas de désistement, mais aussi pour favoriser les liens en dehors du projet.

De l’aide au lien

carré lire a 2Bien qu’il soit possible d’innover en fonction du contexte, des besoins et des envies, certaines choses constituent la colonne vertébrale du projet, et il est important que tous les participants en soient bien conscients. Ce qui prime dans ce projet, c’est la relation humaine et le plaisir partagé : le livre est un prétexte à cela. L’objectif est justement de pratiquer la lecture en dehors d’un cadre d’apprentissage formel, donc pas question de se mettre dans une position de maître et d’apprenant. C’est pour cela d’ailleurs qu’ils ont décidé de changer la dénomination de « volontaires » et « apprenants » en « accompagnants » et « lecteurs », les lecteurs étant les apprenants : ce sont eux les acteurs principaux, ce sont eux qui lisent et eux qui choisissent les livres!  Ce positionnement est très important pour sortir d’une relation d’aide paternaliste et aboutir à une relation entre humains, tout simplement…

Au début ils viennent avec la question : « Comment on peut les aider à mieux lire ? » A la fin de l’année, ce qui ressort c’est « le plaisir de se retrouver de fois en fois ».

Il arrive que certaines personnes n’arrivent pas à se mettre dans cet état d’esprit, et continuent à vouloir faire répéter des phrases pour en arriver à une prononciation parfaite, ou à censurer le choix des livres qu’ils estiment trop compliqués. En ce cas il faut envisager la fin de la collaboration (en se concertant entre associations partenaires, qui constituent alors un soutien bienvenu). Mais heureusement, c’est très rare!

Les volontaires arrivent souvent remplis de motivations, d’envie d’aider, mais aussi d’appréhensions : « Est-ce que je serai à la hauteur?« , « Est-ce que je fais bien comme il faut?« , « Qu’est-ce qu’ils vous ont dit les apprenants? Ils sont contents ?« … Apprenants, on l’est tous dans ce projet. Et volontaires aussi. Et ainsi, on progresse… En fin d’année, c’est gagné : le plaisir a pris le pas sur la crainte, et on a envie de recommencer!

 

 

 

Jalons des pratiques d’alpha en biblio

Ce jeudi 25 avril a eu lieu notre première présentation publique de la publication « Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque », à Saint-Gilles… et la bibliothèque, la Maison du Livre et le Collectif Alpha avaient mis le paquet ! Le matin, 3 ateliers différents (atelier biblio, lire à deux, lecture à haute voix) permettaient de se mettre dans le bain, en expérimentant des animations puis en échangeant avec les apprenants du Collectif. Seul bémol : on était obligé de choisir. L’après-midi par contre, chacun a pu faire le tour des 3 espaces proposés, où les acteurs des trois projets (parents-enfant, lire à deux, atelier biblio) faisaient part de leur expérience de terrain. L’assemblée, d’une soixantaine de personnes le matin (avec des groupes d’apprenants) et d’une trentaine de personne l’après-midi, était mixte. Certaines bibliothécaires se sont même déplacées de Nivelles et Namur pour découvrir ce projet ! Cela augure de belles perspectives de collaborations …

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Prochaine journée de présentation :
lundi 20/05 de 10h à 12h30 à la bibliothèque de Saint-Josse

Impressions glanées au fil des ateliers

Mélanie Ferrier, coordinatrice des ateliers et des stages à la Maison du Livre, était la petite abeille butineuse durant cette journée, se baladant d’un groupe à l’autre, glanant des impressions,  récoltant des témoignages sur le vif… Plutôt que de faire un compte rendu exhaustif, elle nous a livré en fin de journée les éléments les plus marquants de ces projets, selon elle, en mode carnet de voyage.

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Le contexte

Pour que de tels projets puissent voir le jour, il faut un contexte propice à la co-construction et à l’expérimentation en binôme bibliothèque – association d’alphabétisation. Le plan de développement de la lecture en bibliothèque est un élément institutionnel qui favorise cela, sans oublier la motivation des travailleurs à se lancer dans cette belle aventure.

L’ouverture et la confiance

Les bibliothécaires s’embarquent en effet dans un bel engagement : un travail d’ouverture pour donner sa place à l’autre. Les apprenants vivent souvent des situations assez difficiles. Arriver dans un lieu inconnu, avec toutes leurs représentations et leurs appréhensions, et s’y sentir accueils, en sécurité, sans avoir à se justifier ou à prouver leur droit à être là, c’est fondamental. C’est une grande responsabilité pour les bibliothécaires ! Heureusement ils échangent à ce sujet avec  les formateurs qui leur permettent de mieux connaître ce public qui ne côtoie pas les livres. En effet, si pour les groupes d’alpha la bibliothèque est un lieu « étrange » que ces projets contribuent à démystifier, pour les bibliothécaires ces groupes représentent un fameux défi : comment se mettre dans leur tête pour être à leur service ?

Comment imaginer le rapport à la lecture d’une personne qui ne sait pas lire ?

Le choix des livres, médiateurs de l’apprentissage

Choisir les livres qu’ils vont proposer à ce public n’est donc pas évident, au premier abord, mais c’est en faisant des erreurs et en étant attentif aux personnes qu’ils peuvent réajuster et améliorer leurs critères. Comme ce sont des adultes, il faut des thématiques adaptées, mais la présentation doit être accessible : même des textes qui nous paraissent simples peuvent être difficiles à déchiffrer. De même, les notions de titre, d’auteur, de quatrième de couverture sont des évidences pour nous, lecteurs, mais ce sont néanmoins des codes qui nécessitent un apprentissage pour les acquérir.

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Rapport à la lecture, rapport à la langue : le plaisir est la clé

Outre le livre et son monde, c’est aussi la langue française qui est à découvrir pour les groupes. Un des ateliers, langues amies – langues ennemies, proposait une réflexion sur le rapport à une nouvelle langue. Si certaines nous sonnent bien dans l’oreille, d’autres par contre ne bénéficient pas d’un contexte favorable quand il y a un doigt, un « il faut », une obligation à apprendre la langue.  Or le contexte affectif a une énorme importance dans l’apprentissage. Pour amener les participants à apprendre dans le plaisir, un environnement où règnent l’empathie et la bienveillance sont nécessaires.

Le contexte affectif a une énorme importance dans l’apprentissage.

L’apprentissage d’une langue mobilise tous les sens

Apprendre une langue mobilise tous les sens : c’est important de le rappeler car ce n’est pas nécessairement évident. Il y a le rapport à la matière, au livre comme objet qu’on touche, qu’on choisit, par rapport auquel on se positionne. Le rapport au corps aussi. Pour des personnes qui n’ont pas été à l’école, rester assis sans bouger demande une bonne qualité de présence, qui n’est pas évidente. D’où l’importance, pour se mettre dans de bonnes conditions d’apprentissage, d’un échauffement en début d’atelier, une période d’accueil avec des petits  jeux. Se lancer une balle en disant son nom par exemple, permet de réveiller le corps, de se connaître, de développer l’écoute et la vue, et que chacun prenne sa place. De même, lors de la restitution du travail autour du livre, passer par des ateliers créatifs comme le chant et la danse permet un partage vivant et positif, qui crée du lien avec les formateurs hors du contexte « sérieux » de la classe.

Partage et auto-estime

Les ateliers créatifs donnent aussi l’occasion aux apprenants de partager leur culture, et d’ainsi apprendre une nouvelle langue en allant puiser dans ce qu’ils possèdent déjà, ce qui est très valorisant pour eux. Dans l’atelier « Histoires et poèmes », l’album jeunesse est réapproprié pour raconter leur propre histoire,  illustrée.  A partir du travail graphique d’illustration, se développe la mise en route de l’écriture, la mise en forme de la pensée et des lettres. Et au final, les personnes éprouvent une grande fierté à présenter des travaux aboutis. Tout cela contribue à développer l’auto-estime, l’émancipation et l’autonomie.

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Structurer, transférer …

En travaillant le rapport au livre, on exerce des compétences qui sont utiles également dans la vie quotidienne (pour s’orienter en ville par exemple) : observation, déduction, recherche… Autant d’éléments qu’ils pourront mettre dans leur boîte à outils. Dans l’activité « Le titre caché » les apprenants, tels des enquêteurs, doivent trouver des indices dans l’ensemble du livre pour identifier le bon titre, en travaillant la lecture d’image et pas seulement du texte. C’est important qu’ils soient réellement acteurs et qu’on les amène à exprimer leurs pensées personnelles par le biais de questions ouvertes, de discussions, en donnant sa place à chacun.

Plus on peut avoir confiance dans un processus bien acquis, plus on devient autonome.

Dans un nouvel apprentissage on peut vite être dépassé. Le formateur met en valeur le temps long, la patience et l’organisation étape par étape. Une structure claire aide à créer des repères qui permettent de dépasser la peur de l’inconnu, favoriser le transfert des apprentissages de manière autonome, qui va les ancrer de manière durable.

Apprenants passeurs de savoir

Autre atelier : « Lecture à voix haute », où les apprenants enregistrent une histoire afin que cela serve à d’autres groupes.  Cela leur permet d’affirmer « Moi je sais faire ça », et ouvrir des perspectives aux autres qui peuvent alors se dire à leur tour« Moi aussi je pourrais faire cela ! ».

Le fait de se dire « Moi aussi je peux faire ça » c’est une façon de trouver une légitimité une place dans la société.

En témoigne Alphonsine, que Mélanie a eu l’occasion d’interviewer : « Quand j’ai vu les autres faire des livres, je me suis dit « Moi j’ai plein d’histoires de vie à partager, j’ai vécu plein de choses et je me dis que moi aussi je peux faire des livres ! ». C’est  avec cela qu’elle est repartie de cette journée… et ce n’est surement pas la seule… Voilà vers quoi emmène le travail autour du livre comme médiateur.

 

 

Popplet en bibliothèque

Le 3e type de projet abordé dans notre livre « Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque » est celui où la bibliothécaire s’investit plus dans le projet d’alpha, les animations proposées résultant d’un travail de préparation en commun. Un petit aperçu de se travail commun vous a déjà été proposé sur ce blog, mais il se peut (on s’espère!) que votre curiosité ne soit pas encore assouvie. Concrètement, ça donne quoi, ces projets? Hé bien, ceci par exemple (cliquez sur l’image pour lire la brochure) :

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En 2013-2014, Françoise, bibliothécaire à Saint-Gilles, a proposé à France, formatrice,  l’utilisation d’un logiciel disponible sur internet: popplet. C’est une sorte de tableau noir électronique qui permet de créer une carte mentale simple avec du texte, des images, des films… Cet outil en ligne offre l’avantage de créer des présentations multimédias de manière très simple.

Les apprenants ont créé des fiches des livres lus et de l‘émission Quai des Belges. Ils ont illustré la géographie du groupe par des photos, des illustrations sélectionnées sur Google image, et des musiques sélectionnées sur Youtube. Les séances ont eu beaucoup de succès, car les apprenants sont très demandeurs de pouvoir maitriser l’outil informatique.

Voici un exemple de fiche-livre :

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Les cartes mentales permettent particulièrement bien de travailler l’organisation structurée des données, un des objectifs des cours d’alpha (identifier des éléments clé pour réaliser une présentation).

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Le groupe a travaillé sur le thème de l’identité, à partir du livre « Je suis… », créant ensuite des « fleurs de personnalité », à l’aide de popplet mais aussi sur papier, ainsi qu’un autoportrait littéraire. Ils ont également visité une expo (Duane Hanson) et réalisé des popplet suite à celle-ci sur le thème « ce que j’aimerais changer dans la société… », participé à une émission TV (Quai des belges), fait une présentation publique de leur travail… A partir d’un thème, l’identité, de multiples ramifications sont possibles!

Une fleur d’identité, sur papier et à l’aide de poplet, et autoportrait littéraire :

Popplet réalisé suite à la visite de l’expo :

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Et si vous voulez en savoir plus sur ce projet, écoutez France et Françoise, formatrice et bibliothécaire, lors d’une présentation de celui-ci lors du colloque « des écrits aux écrans » organisé par la Maison du Livre :

Publication en préparation

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Publication en préparation … ou plutôt, en phase de finalisation! Bientôt, vous pourrez découvrir cette belle palette de projets menés dans des bibliothèques publiques par le Collectif Alpha, avec des adultes peu ou pas scolarisés.

En avant-première, pour vous mettre l’eau à la bouche, quelques extraits choisis :

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Extrait d’un des trois projets présentés : lire avec mon enfant.

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Si vous êtes impatients, vous pouvez déjà le découvrir quelques bases du deuxième projet, lire à deux,  au travers d’un dossier pédagogique que le Collectif Alpha réalisé sur le sujet.

Quant au troisième, sobrement nommé « les ateliers-bibliothèque », il explore la complémentarité entre bibliothécaires et formateurs ou formatrices, pour amener le groupe à découvrir le livre sous toutes ses coutures… Mais pour en savoir plus, il faudra patienter encore un peu…

En attendant, vous pouvez vous abonner à ce blog pour être tenu au courant des nouveautés autour de ce projet.