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Colloque : Rapport à l’écrit et accès à la culture

Le 4 octobre 2019, nous avons été invitées à Reims au colloque « Rapport à l’écrit et accès à la culture » de l’association française Initiales, centre de formation et pôle régional  de ressources culturelles pour la promotion de la diversité et la lutte contre l’illettrisme (région Grand Est). Une riche rencontre transfrontalière réunissant association d’alphabétisation / lutte contre l’illetrisme, bibliothèques (médiathèques comme on dit en France), artistes et opérateurs culturels… Un constat : une volonté de part et d’autre de « sortir des murs », qui de la classe qui de la bibliothèque… Ce qui est encourageant pour les dynamiques à venir.

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Le récit de nos expériences bruxelloises furent grandement appréciées par l’assemblée. Voici en primeur l’article que nous avons écrit pour les actes du colloque, dont nous vous tiendrons au courant de la parution sur ce blog :

 

Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque – Construire des liens pour plonger dans l’univers des livres

Présentation de France FONTAINE et Marie FONTAINE

Devenir lecteur ne se limite pas à maîtriser un acte technique, c’est surtout découvrir et s’approprier une nouvelle culture. Une culture, ça ne s’apprend pas : ça se vit, ça se partage, ça se transmet. Le lien social est donc une composante essentielle à prendre en compte si on désire amener notre public à réellement devenir lecteur.  Concrètement, la publication « Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque »[1] vous propose trois types de projets où les liens se tissent autour du livre, pour créer un pont vers la culture de l’écrit.

Le Collectif Alpha agit depuis plus de 40 ans à Bruxelles auprès d’hommes et de femmes adultes, belges et d’origine étrangère, qui ont en commun le fait d’être en rupture avec le monde de l’écrit, dans quelque langue que ce soit. Son action relève de l’alphabétisation populaire : la lecture et l’écriture sont considérées comme des moyens pour s’émanciper, pour prendre sa place dans la société (pour le moins dans notre société de l’écrit) et se positionner de manière citoyenne et critique. Cette ligne directrice est présente de manière transversale dans l’offre de cours, tant dans des ateliers (théâtre, maths, jeux,…) que dans les 15 heures de cours de français. Outre l’apprentissage technique, l’essentiel est de faire découvrir le plaisir de lire, et de ne pas limiter cette activité à l’enceinte de la classe. C’est ainsi que depuis plus de 10 ans, plusieurs projets ont émergé pour investir des lieux dédiés à la lecture : les bibliothèques.

Le livre, vecteur de lien social.
Le lien social, porte d’entrée dans l’univers des livres.

Construire une relation dans la durée

Créer des liens sociaux, de nouvelles habitudes culturelles prend du temps. Une simple et unique « visite découverte » ne suffit pas à dissiper les craintes et à installer de nouvelles habitudes culturelles. Nous avions déjà constaté qu’il était vain d’espérer qu’une simple « mise en contact » soit un coup de pouce suffisant pour que l’alchimie se fasse, et qu’une nouvelle voie soit naturellement empruntée : nous avons installé des pièces confortables tapissées de livres, de magazines, de journaux (…) Attendant monts et merveilles de ce nouvel environnement, nous avons dû rapidement déchanter : il ne suffisait pas d’entourer des illettrés de livres pour que naissent des pratiques de lecture. [2] Le constat est identique lors des visites ponctuelles organisées en bibliothèque : sans une médiation rien ou peu ne se passait ensuite. Il est important pour notre public d’avoir le temps d’apprivoiser ce lieu, le temple du livre, ainsi que ses habitants et les livres. Ainsi ont émergé des partenariats institutionnalisés, afin de favoriser la rencontre durable entre le monde des apprenants et le monde des bibliothèques.

Bibliothécaires et apprenant·es : s’apprivoiser mutuellement

Ce partenariat a été facilité par un décret datant de 2009[3] qui demande aux bibliothèques publiques d’agir pour le développement de pratiques de lectures du plus grand nombre, et plus particulièrement des « publics éloignés de la lecture » (bébés, personnes en maison de repos et … personnes illettrées).  Une injonction pas si évidente pour les bibliothécaires : comment se comporter avec des personnes totalement étrangères au monde de l’écrit dans ce lieu dédié aux livres ? Car si notre public est déstabilisé à l’idée de pénétrer dans un lieu qui symbolise un savoir duquel il a été exclu, c’est réciproque. Cela peut d’ailleurs donner lieu à des scènes cocasses : lors d’une première visite du groupe en bibliothèque, la bibliothécaire réagit de manière vive lorsqu’elle constate que des apprenants ont enlevé leurs chaussures en entrant dans les lieux. Ce qui lui apparait comme un comportement inapproprié était pour eux une marque de respect. Ce genre de situations n’est pas une exception, même outre-Atlantique. C’est pourquoi la ville de Montréal a réalisé un guide pour les professionnel·les face à ce nouveau type de public : « La bibliothèque dont vous êtes le héros » reprenant des principes, un itinéraire et un dictionnaire pratique.

Diffuser des pratiques qui inspirent : un livre, un blog

Afin de diffuser largement son expérience, le Collectif Alpha a rassemblé trois types de projets dans un ouvrage : « Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque ». Les deux premiers mettent l’accent sur la création de liens autour du livre, le premier en mettant l’accent sur la relation qui se noue autour des livres entre les parents et leurs tous jeunes enfants, et le second favorisant la rencontre par paires entre un.e bénévole passionné.e de livres et un.e apprenant.e en alphabétisation.  Le troisième ne fait pas intervenir de public tiers mais implique un engagement particulier des bibliothécaires, en complémentarité avec les formateur·rices. Il se concentre sur l’acte de lire via la pédagogie du projet : pour les plus débutants cela passe par la lecture vivante d’albums jeunesse et d’activités de découverte, et pour les plus avancés il s’agit de développer la compréhension à la lecture et d’améliorer leurs compétences en identifiant de nouvelles stratégies de lecture. Avec pour finalité, le plaisir de lire et identifier ses goûts en matière de lecture et in fine la liberté de pouvoir choisir.

L’ouvrage est prolongé par un blog, https://alphaenbiblio.wordpress.com, destiné autant aux bibliothécaires qu’aux professionnel.les de l’alpha et aux bénévoles, mais aussi aux apprenant.es eux-mêmes. On y trouve d’une part des animations et des expériences vécues dans le même esprit, et d’autre part des présentations de livres, qu’ils aient eu du succès ou au contraire qu’ils se sont avérés inadaptés au public spécifique que nous ciblons. Il est appelé à s’enrichir au fil du temps : vous aussi, faites-nous part de vos projets, vos retours, vos listes de livres…

Le projet parents-enfants : lecture-câlin

Le premier rapport avec le livre, en tant que lettré ayant grandi dans un milieu de lettrés, se fait bien souvent dans les bras câlins d’un être cher. La lecture est alors associée à un affect positif, de plaisir, d’évasion dans l’imaginaire et de sécurité. Les personnes analphabètes n’ont généralement pas bénéficié de cette expérience, et ne la reproduisent pas avec leurs propres enfants. Par la suite, une fois que les enfants apprennent à lire, ceux-ci portent parfois un regard négatif sur le parent, moins avancé : « Toi tu ne sais même pas lire, tu n’as rien à me dire ! ».

En 2009, la formatrice Annick Perremans met en place des séances avec ses apprenants et leurs tous jeunes enfants (pas encore lecteurs eux-mêmes) au sein même de la bibliothèque, afin de créer une situation affective positive de reconnaissance mutuelle autour du livre, et d’ainsi renforcer l’estime de soi. Outre le transfert des compétences en-dehors du lieu d’apprentissage, cela contribue à démystifier la notion de « savoir lire ». En effet, il est possible de lire et de partager autour du livre sans avoir besoin de maîtriser la technique de lecture, comme le font nombre de jeunes enfants, puisque des livres pour tous petits, du style cherche et trouve, ne demandent pas  de lecture de texte. Ils sont pourtant bien en train de lire, alors qu’ils s’immergent dans le livre.

  • Une vidéo présente plus largement ce projet, disponible sur le blog.

Lire à deux pour accéder au plaisir de lire

Une remarque récurrente des apprenant·es est la difficulté à rencontrer des personnes « belges », parlant français, lettrées… Or pour progresser dans l’apprentissage d’une langue, il faut la parler. Et pour mieux lire, il faut … lire. Malheureusement, la lecture, lorsqu’elle n’est pas encore assez fluide, peut constituer un obstacle au plaisir de lire : trop d’incertitudes, trop de questionnements (des mots sur lesquels on butte, des référents culturels qui manquent)… et personne pour y répondre lorsqu’on se retrouve livré à soi-même, hors de l’école.

C’est en réponse à cette situation que le projet « Lire à deux » a été créé par la formatrice Krisitine Moutteau. Cette fois ce sont des volontaires, adultes, qui rejoignent le groupe en bibliothèque, une matinée toutes les deux semaines. L’objectif est en effet de sortir de la classe et d’une relation d’apprentissage avec un·e formateur·ricepour laisser le champ libre au plaisir de lire et d’échanger sur la lecture… et sur d’autres choses aussi. Il arrive alors que des liens durables se prolongent en dehors des ateliers. Un autre avantage de ce projet est qu’il permet de gérer l’hétérogénéité des groupes : chacun peut avancer à son rythme puisque la lecture se faire par paires, un·e apprenant·e lisant et un·e bénévole accompagnant.

Ce projet rencontre un franc succès : il a débuté avec le Collectif Alpha de Saint-Gilles et s’est poursuivi avec celui de Molenbeek, pour ensuite se poursuivre indépendamment du Collectif Alpha dans plusieurs autres bibliothèques, accompagnés par l’asbl Âges et Transmissions. Les bénévoles de cette association menaient déjà depuis de nombreuses années le projet « Coup de pouce pour la lecture » auprès d’enfants en difficultés dans les écoles : s’adresser cette fois à ceux qui pourraient potentiellement être les parents de ces enfants prenait donc tout son sens. Sylvie Lerot, responsable de ce projet pour l’asbl, a pour mission d’accompagner le lancement de nouveaux partenariats lorsqu’on fait appel à elle : elle veille à ce que l’esprit du projet soit respecté et met en place des moments d’évaluation et d’échange entre les différents acteurs d’un projet, mais aussi entre projets. En effet, chacun l’adapte en fonction des réalités du terrain.

La construction d’un troisième territoire, entre bibliothèques et alphabétisation

Ce troisième projet, contrairement aux deux premiers, met le focus sur l’acte de lire et le rapport au livre, via la pédagogie du projet. Chaque année, il aboutit à la production d’une réalisation des apprenant·es qui est ensuite présentée publiquement afin d’être valorisée vers l’extérieur. Ces productions peuvent prendre des formes variées. Ainsi, une année, la bibliothécaire Françoise Deppe a proposé à son binôme la formatrice, France Fontaine de travailler à l’aide de Popplet, une application en ligne qui permet d’organiser l’information sous forme de carte mentale simple avec du texte, des images, des photos … Cet outil numérique a été utilisé par les apprenants pour faire le récit écrit du processus de l’atelier sur la thématique de l’identité, présenter de manière structurée et imagée les albums lus des livres, la visite d’une exposition des expositions, les autoportraits des membres du groupe, etc.

L’implication de la bibliothécaire est bien plus forte dans l’élaboration de cet atelier, en terme de temps de préparation avec la formatrice afin de co-construire un troisième territoire commun à partir de leurs pratiques professionnelles respectives. De la définition des objectifs pédagogiques de l’année à la préparation des séances spécifiques jusqu’à l’évaluation du projet avec les apprenants, tout se travaille ensemble. Cette implication est aussi profitable au métier de bibliothécaire, offrant un regard neuf sur leur pratique, permettant d’enrichir les rapports avec les usagers de la bibliothèque.

L’objectif général de ces ateliers de lecture est de développer le goût de la lecture, en travaillant plus précisément sur l’acte de lire. Lire n’est pas uniquement un acte technique, il s’agit surtout de comprendre, de faire du sens, d’entrer en relation avec  le texte, de se laisser impacter par celui-ci. Lorsqu’on se limite à déchiffrer, et encore, de manière lente et hésitante, il est difficile d’atteindre ce stade. C’est pourquoi les animations proposées en bibliothèque proposent d’entrer dans le monde du livre : son auteur et son éditeur, son message et son univers … Mais elles mettent aussi l’accent sur ce que nous faisons de manière plus ou moins inconsciente en lisant : formuler des hypothèses, rechercher des indices, découvrir les liens inédits entre le texte et l’image, et ensuite les valider ou les abandonner en fonction de ce que la lecture nous apprend. Cette approche pédagogique, basée  sur la Gestion Mentale, permet d’aller au-delà du livre, de se questionner, d’évoquer, … et de partager cela.

  • Cette démarche, accompagnée d’une vidéo qui donne la parole aux apprenants, bibliothécaire et formatrice, est présentée sur notre blog.

Quels livres choisir pour ces lecteurs ?

Quels livres choisir pour donner le goût de la lecture à des lecteurs et lectrices en herbe, mais adultes, avec des préoccupations et des goûts d’adultes ? Les albums jeunesse ne sont-ils pas trop infantilisant ? D’un autre côté, se plonger tout de suite dans un roman risque d’être tellement ardu que le plaisir n’y sera plus. En effet, les tournures littéraires et les implicites culturels constituent des écueils qui justifient un accompagnement, tel ceux proposés dans « Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque ».  La dernière partie de l’ouvrage se penche donc sur la question du choix des livres pour adultes débutants en lecture, argumentant l’intérêt de travailler avec des albums jeunesse, posant quelques critères à prendre en compte et présentant quelques livres spécialement écrits pour (et parfois par) un public analphabète. Ainsi, la collection La traversée a été spécifiquement réalisée dans le but de proposer des romans courts et simples écrits par des auteurs reconnus, ayant fait l’exercice de s’adapter à ce public spécifique.

 

Donnons le mot de la fin à Françoise Deppe, bibliothécaire partenaire de France Fontaine, soulignant l’essence même de l’acte de lire, qui le rend si beau et qui nous rassemble :

Quand on ne présente pas [le livre] comme un objet de lecture obligatoire, ou un objet de compréhension en soi, c’est : « Tiens, qu’est-ce que ça peut me raconter ? Qu’est-ce que ça raconte sur les autres ? Comment je peux m’en servir ? Qu’est-ce qui me plait ou me déplait ? » Généralement, sauf pour les besoins purement utilitaires, la relation aux livres qu’on aime ou qu’un n’aime pas est très forte. Elle est liée aux émotions, ça nous rends tous un peu pareils par rapport aux livres. [4]

 

[1]  Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque / MAES Frédéric (coord.), Les Editions du Collectif Alpha, 2018.

[2]  1001 escales sur la mer des histoires : 52 démarches pédagogiques pour apprendre (et aimer) les livres / MICHEL Patrick, Les Editions du Collectif Alpha, 2001, p.8.

[3] Décret du 30 avril 2009 relatif au développement des pratiques de lecture organisé par le Réseau public de la Lecture et les bibliothèques publiques : http://www.bibliotheques.be/index.php?id=9230

[4] Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque / op.cit., p.54. Transcription de l’interview dans l’émission Quai des Belges que l’on retrouve sur le blog (14’45 à 15’30) : https://alphaenbiblio.wordpress.com/2019/01/02/de-lobligation-administrative-a-la-relation-emotionnelle/

Devenez volontaire « Lire à deux » à Molenbeek

logo_formosaLes projets « Lire à deux » inspirent les associations ! C’est maintenant l’asbl Formosa qui se lance dans l’aventure. Et pour cela, on a besoin de vous! Devenez volontaire pour accompagner des apprenantes en alphabétisation, à la bibliothèque de Molenbeek, les jeudis de 13h30 à 15h30, tous les 15 jours.

Informations : hello [a] asblformosa.be ou  02/503 19 03 et sur le site web de l’association

Partagez un moment privilégié avec les apprenantes autour d’un livre.

Envie d’en savoir plus sur ce type de projets ?

 

Accompagner des lecteurs

Lundi 20 mai de 10h à 12h aura lieu, à la bibliothèque communale de Saint-Josse, la 3e présentation de notre publication « Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque ».

logo ages et transmissionCet événement est mené en partenariat entre le Collectif Alpha, la bibliothèque publique de Saint-Josse, CTL La Barricade et Âges & Transmissions. C’est l’occasion d’en dire un peu plus un troisième type de partenaires des projets d’alphabétisation en bibliothèque : les bénévoles, ou plutôt, les « accompagnants », comme les nomme Sylvie Lerot, responsable du projet pour l’asbl Âges & Transmissions.

Cette association développe des projets pour et avec les seniors en vue de créer des ponts entre générations et cultures. Et c’est bien ce qu’on retrouve au cœur du projet Lire à deux, initié en 2012 dans la bibliothèque communale de Saint-Gilles par Kristine Moutteau, formatrice au Collectif Alpha. De plus, ce projet autour du livre avec des adultes faisait écho à un autre projet mené depuis de nombreuses années par les seniors : « Coup de pouce lecture et langage« .  Celui-ci se déroule dans les écoles primaires avec des enfants qui présentent des lacunes en français. Cependant, les bénévoles regrettent parfois de ne pas avoir de contacts avec les parents. S’adresser cette fois à un public adulte peu scolarisé et généralement allophone permettait donc de boucler la boucle.

Un projet qui fait des petits

La sauce a pris puisque Lire a deux se déroule maintenant dans pas moins de cinq lieux différents. Sylvie a d’abord collaboré avec Kristine, mais également avec ses collègues du Collectif Alpha de Molenbeek, qui ont reproduit l’expérience à la bibliothèque communale de Koekelberg à partir de 2015. Ensuite, d’autres opportunités se sont présentées, sans être liées au Collectif Alpha : en 2016 à la bibliothèque St Henri avec Alpha Andromède (CASG Wolu Services), 2017 à la bibliothèque communale de Saint-Josse, avec CTL La Barricade, et en 2018, c’est Le Maître Mot qui s’est lancée dans l’aventure à Ixelles, avec un public FLE (Français Langue Étrangère) cette fois, donc des adultes scolarisés mais dans une autre langue que le français. Un beau développement pour ce projet qui, espérons-le, est loin d’être terminé…

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Un cadre simple, rassurant et ouvert

Il est assez facile de trouver des bénévoles. Sylvie identifie plusieurs facteurs à cet engouement : un cadre bien défini et le fait de faire partie d’une équipe, qui rassurent, le partenariat avec la bibliothèque et le centre de formation qui permettent de fournir des albums adaptés, et bien sûr, la sentiment de se sentir utile.

Le cadre est simple, mais aussi ouvert : en fonction des évaluations, des échanges lors des rencontres entres projets, on réajuste le timing, on teste des activités d’amorce, on renforce ce qui a bien fonctionné… Le rôle de Sylvie en tant que responsable des bénévoles dans le projet est important pour lancer la dynamique, partager l’expérience acquise, mettre les différents acteurs en lien, constituer l’équipe d’accompagnants, mais la deuxième année, elle se retire sur la pointe des pieds pour laisser une plus grande autonomie à ceux qui sont sur le terrain. Elle veille cependant à maintenir le réseau d’accompagnants et de professionnels en organisant des rencontres entre projets, qui permettent de compiler des bonnes pratiques (recueil disponible à la demande chez Âges & Transmission)

Ainsi, concernant l’organisation des binômes lecteur – accompagnant, certains ont remarqué que garder plusieurs fois le même binôme permet d’avoir le temps de s’habituer l’un à l’autre, mais qu’une rotation est intéressante aussi, pour pouvoir expérimenter d’autres styles : ils tablent donc sur une série de 3 séances avec la même personne pour ensuite changer… sauf imprévus! Car les aléas de la vie font que parfois, il y a plus d’accompagnants que de lecteurs : c’est pourquoi Sylvie privilégie des personnes qui vivent à proximité de la bibliothèque, d’une part pour ne pas devoir perdre du temps en longs trajets en cas de désistement, mais aussi pour favoriser les liens en dehors du projet.

De l’aide au lien

carré lire a 2Bien qu’il soit possible d’innover en fonction du contexte, des besoins et des envies, certaines choses constituent la colonne vertébrale du projet, et il est important que tous les participants en soient bien conscients. Ce qui prime dans ce projet, c’est la relation humaine et le plaisir partagé : le livre est un prétexte à cela. L’objectif est justement de pratiquer la lecture en dehors d’un cadre d’apprentissage formel, donc pas question de se mettre dans une position de maître et d’apprenant. C’est pour cela d’ailleurs qu’ils ont décidé de changer la dénomination de « volontaires » et « apprenants » en « accompagnants » et « lecteurs », les lecteurs étant les apprenants : ce sont eux les acteurs principaux, ce sont eux qui lisent et eux qui choisissent les livres!  Ce positionnement est très important pour sortir d’une relation d’aide paternaliste et aboutir à une relation entre humains, tout simplement…

Au début ils viennent avec la question : « Comment on peut les aider à mieux lire ? » A la fin de l’année, ce qui ressort c’est « le plaisir de se retrouver de fois en fois ».

Il arrive que certaines personnes n’arrivent pas à se mettre dans cet état d’esprit, et continuent à vouloir faire répéter des phrases pour en arriver à une prononciation parfaite, ou à censurer le choix des livres qu’ils estiment trop compliqués. En ce cas il faut envisager la fin de la collaboration (en se concertant entre associations partenaires, qui constituent alors un soutien bienvenu). Mais heureusement, c’est très rare!

Les volontaires arrivent souvent remplis de motivations, d’envie d’aider, mais aussi d’appréhensions : « Est-ce que je serai à la hauteur?« , « Est-ce que je fais bien comme il faut?« , « Qu’est-ce qu’ils vous ont dit les apprenants? Ils sont contents ?« … Apprenants, on l’est tous dans ce projet. Et volontaires aussi. Et ainsi, on progresse… En fin d’année, c’est gagné : le plaisir a pris le pas sur la crainte, et on a envie de recommencer!

 

 

 

Quels livres pour des apprenants adultes en alpha ?

Piqûre de rappel : la première présentation publique de notre publication « Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque » c’est demain jeudi 25 avril, à la bibliothèque communale de Saint-Gilles. Plus d’infos pratiques dans notre précédent article. Et si vous ratez cette occasion, rendez-vous mardi prochain, le 30 avril à la bibliothèque de Koekelberg, ou le lundi 20 mai à celle de Saint-Josse.

Enthousiasmé par les projets présentés sur ce blog et dans notre ouvrage, vous voulez vous lancer, mais … Qu’est-ce qu’ils lisent, ces adultes qui n’ont pas encore une grande fluidité de lecture ? Vous trouverez des pistes utiles dans le dernier chapitre de notre publication, mais aussi dans cet extrait du « recueil de bonnes pratiques Lire à 2 » réalisé par l’asbl Âges & Transmission suite à une rencontre entre les acteurs des différents projets « Lire à deux » (recueil disponible à la demande) :

« Quels albums jeunesse ?

L’idéal est de mettre à disposition une bonne trentaine de livres (au moins pour avoir une diversité et la réelle possibilité de choisir !). La sélection peut s’enrichir au fil de l’année, sur base des suggestions et remarques de chacun. Certains livres peuvent être aussi retirés en cours de route.

Les critères d’appréciation des livres énoncés par les lecteurs

Voici ce que les lecteurs (les apprenants des cours d’alphabétisation, donc) énoncent comme critères d’appréciation des livres. Ils concernent quasi tous le contenu anecdotique du livre, l’histoire :

  • en toute 1ère position : les résonances avec l’histoire personnelle, les souvenirs et sentiments suscités.
  • souvent en lien avec le cadre de l’histoire : le pays ou continent d’origine
  • et avec les thèmes du récit : les relations familiales, principalement intergénérationnelles, les « Anciens », l’immigration, l’exil et la guerre, la vie dans le passé…
  • les rapports à la « vraie vie », la morale de l’histoire, les valeurs véhiculées, les leçons de vie
  • le caractère véridique des personnages et de leur histoire
  • le dépaysement : la découverte d’un autre milieu, entres autres de la Belgique
  • beaucoup plus rarement : l’humour et la drôlerie des situations, la beauté des illustrations et de la mise en page, la structure du livre, le fait d’avoir appris des mots.

Notons que les lecteurs éprouvent beaucoup de difficultés à expliciter réellement leurs choix de manière précise : ils ont tendance à donner simplement l’intrigue du livre.

Liste de livres « coups de cœur »
issus des différents groupes « Lire à 2 » 

Quelques remarques et suggestions

  • Il n’y a jamais de recette magique : un livre ayant bien fonctionné avec un lecteur peut « faire flop » avec un autre. Par ailleurs, on est parfois étonné de constater qu’un livre « complexe » a été choisi comme coup de cœur. C’est la conséquence de la lecture à 2 qui permet de lever bien des obstacles et d’accéder au plaisir !
  • Certains livres font référence à nos codes culturels (cow-boys, cochon et loup,…). Il faut en avoir conscience et en donner les clés de compréhension.
  • Pour sélectionner les albums jeunesse : il faut être attentif à la quantité de texte et à la complexité du langage. On peut choisir d’écarter ceux qui ont un nombre trop important de mots difficiles, qui sont au passé simple, qui ont des tournures de phrases trop compliquées ou un langage trop métaphorique ou poétique. Un autre critère de sélection peut être le mode d’écriture (imprimée plutôt que scripte) et l’aide que les illustrations peuvent apporter dans la lecture. Les livres peuvent également être choisis pour leur qualité artistique, une belle façon d’ouvrir à l’art.
  • Une idée : proposer lors d’une séance, que les accompagnants qui le souhaitent apportent de chez eux un album jeunesse accessible qu’ils ont envie de partager avec un lecteur.
  • Avoir un carnet de liaison disponible lors de chaque rencontre : chaque accompagnant pourrait y noter, concernant les livres ou d’autres choses, ses remarques, appréciations, suggestions, … »

 

… Et vous ? Avez-vous aussi des constats, des propositions de lecture, des suggestions de fonctionnement à partager sr ce blog ? Contactez-nous pour que nous puissions vous publier.

Livres lus à deux en 2012-2014

Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque présente le projet « Lire à deux – pour accéder au plaisir de lire », né en 2012 à l’initiative de Kristine Moutteau, alors formatrice au Collectif Alpha de Saint-Gilles, qui réunit tous les quinze jours à la bibliothèque un groupe d’apprenants et autant de volontaires, pour deux heures de lecture partagée en binômes. Le premier projet est né en collaboration étroite avec la Bibliothèque communale de Saint-Gilles et en particulier avec Catherine Lehon, directrice de la Biblio. En 2014, le centre doc du Collectif Alpha a réalisé une brochure téléchargeable très complète qui détaille le projet.Vous y retrouverez entre autres cette liste des livres plébiscités par les acteurs de ce projet à ses débuts : bibliothécaire, bénévoles, formatrice… et bien sûr les apprenantes et apprenants.

Certains livres, qui apparaissent compliqués au départ, ont pourtant du succès parce que la forme, ou la thématique, parle aux apprenants. D’autant qu’un apprenant n’est pas l’autre !

Mon destinMon destin est entre les mains de mon père / Diallo Khadidiatou, Collectif Alpha, 2007.

« Ce livre, c’est une histoire d’amour avant tout mais c’est aussi une histoire qui parle du combat des femmes contre les mutilations sexuelles. » Ce roman se divise en plusieurs tomes et est accessible à des groupes alpha de niveau débutant. Le premier tome met en scène Goubé, une jeune fille sénégalaise qui habite chez sa tante Daba. Un jour, elle apprend qu’elle doit se marier avec son cousin Sidi. Mais tous deux souhaitent choisir eux-mêmes avec qui se marier. Vont-ils échapper au destin préparé par leurs parents ? Et quels terribles secrets cache Daba ? Pourquoi veut-elle protéger Goubé ?

  • Vous pouvez acheter ce livre, ainsi que les deux tomes qui complètent l’histoire, via le service librairie du Collectif Alpha. Vous y retrouverez d’autres lectures faciles conçues pour (et parfois par) des apprenants en alphabétisation.

 

mon papa a peur des étrangersMon papa a peur des étrangers / SCHAMI Rafik, Könnecke Ole, La Joie de Lire, 2004.

Rebecca vit seule avec son papa qu’elle aime beaucoup, mais elle ne comprend pas pourquoi il a si peur des étrangers. Elle sent bien qu’il se crispe lorsqu’ils croisent un Noir dans la rue, par exemple. Elle voudrait l’aider à chasser cette peur. L’occasion va lui être offerte par l’invitation de Bania, son amie tanzanienne, à venir fêter son anniversaire dans sa famille. Rebecca suggère à Bania d’inviter aussi son papa qui connaît mille et un tours de magie… Un album qui prouve que le racisme n’est pas une maladie incurable et que les enfants peuvent être parfois d’excellents thérapeutes.

  • (on aime l’histoire). Beaucoup lu

 

l arbre aux oiseaux

 

L’arbre aux oiseaux  / Say Allen, Ecole Des Loisirs, 1997.

Pourquoi Maman fait-elle autant de mystères aujourd’hui? Que va-t-elle faire des oiseaux en papier qu’elle fabrique? Pourquoi n’a-t-elle rien dit à son fils qui lui avait désobéi en allant jouer près de la mare?

 

 

ImpressionLe bus de Rosa / Silei Fabrizio ; Quarello Maurizio, Sarbacane, 2011.

Detroit, le musée des Transports. Assis dans un vieux bus, un vieil homme noir raconte à son petit-fils la ségrégation raciale dans l’Amérique de sa jeunesse : à l’école, dans les bars, dans le bus. Il lui raconte aussi comment, le 1er décembre 1955, une femme, Rosa Parks, refusa de céder sa place dans le bus à un Blanc, lançant le mouvement pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis. Une histoire que le grand-père connaît bien : il se trouvait lui aussi dans le bus, ce jour-là. Assis à côté de Rosa. Mais il n’a pas eu son courage…

– Une histoire forte et universelle sur la liberté, l’égalité et le courage
– Un livre sur la transmission de la parole, d’un grand-père à son petit-fils
– Couleurs chaudes noir et blanc, des images à l’ambiance sentie et aux cadrages cinématographiques puissants !

 

une soupe au caillouLa soupe au caillou / Vaugelade Anaïs, Ecole Des Loisirs, 2011.

Un vieux conte populaire revisité. Le village des animaux est sous la neige. Un vieux loup famélique apparaît, un sac sur l’épaule. Il entre chez la poule, pour faire une « soupe au caillou » avec de l’eau chaude et un gros caillou. Tous les animaux sont curieux de savoir ce que veut ce loup et ils apportent chacun un légume pour agrémenter la soupe. Quand la soupe est prête et que tous commencent à la déguster, le cuisinier prend congé et s’éloigne à pas de… loup.

  • pas difficile, dessins très clairs.

 

les pieds de philomèneLes pieds de Philomène / Desarthe Agnès ; Vaugelade Anaïs, Ecole des Loisirs, 1997.

Paul était un grand savant assez prétentieux. Il était convaincu d’avoir toujours raison. Philomène était femme de ménage, mais elle aurait préféré être chercheuse d’or. D’ailleurs, qui d’autre qu’elle aurait pu déceler le trésor que cachait Paul?

 

la lecon de pecheLa leçon de pêche / Böll Heinrich ; Bravo Emile, P’tit Glénat, 2012.

C’est l’histoire d’un pêcheur, en train de faire tranquillement sa sieste après une pêche matinale. Arrive un touriste, plutôt stressé et tout à fait intrigué. Il réveille le pêcheur, afin de l’interroger. Il lui donne plein d’idées ! « Et si vous alliez pêcher plus souvent, vous pourriez acheter des bateaux, une conserverie, faire travailler les gens à votre place! » « Et pourquoi ? » répond le pêcheur incrédule… Une fable qui nous rappelle d’être plus à l’écoute de nos aspirations et de garder en tête l’ambition… du bonheur !

Mon ami JimHD

 

Mon ami Jim /Crowther Kitty,  Pastel, 1996.

Jack est un merle mais la mer l’attire depuis toujours. Un jour, il décide de quitter sa forêt. Arrivé au bord de la mer, il rencontre Jack la mouette. C’est le début d’une grande amitié…

 

la peche à la marmiteLa pêche à la marmite / Mwankumi Dominique, Ecole des Loisirs, 1998

Au Congo (ex-Zaïre), les eaux du Kasaï sont la seule école que fréquentent régulièrement Kumi et ses jeunes amis. Les cours qu’ils y reçoivent sont passionnants mais parfois dangereux : qu’il pêche du bord à la marmite ou au milieu de la rivière en pirogue, le mauvais élève risque ici beaucoup plus que cent lignes à copier. Quand rôde le terrible « ngando », la moindre inattention, la moindre faute peuvent vous coûter la vie.

  • Pas trop difficile au niveau vocabulaire.

 

une maman toute entiereUne Maman tout entière / Ka Olivier ; Mélanson Luc, Milan, 2008.

Une Maman tout entière, c’est une maman qu’un enfant aime dans toute sa totalité. Cet album plein d’amour propose le regard d’un enfant sur sa maman qui est très grosse. Pour lui, c’est une fierté, elle est moelleuse, ses mains sont des oreillers, ses bras des traversins… Et quand tous les enfants la montrent du doigt dans la rue, il est fier car elle pourrait prendre vingt enfants dans ses bras, mais ce n’est que lui qui en profite !

  • pas trop compliqué

 

un secret de la foretUn Secret de la Forêt / Sobrino Javier ; Odriozola Elena, Oqo , 2009.

Depuis qu’elle le connaît, mademoiselle Écureuil n’a rien d’autre dans la tête… Mademoiselle Écureuil est tombée amoureuse ! Dans tous les recoins de la forêt, on entend parler de ce secret. Pour certains, ce n’est qu’un coup de folie, mais l’automne arrive…

Dans ce conte, l’auteur nous présente une histoire d’amour attendrissante et étonnante dans laquelle il est suggéré que les différences ne constituent pas une difficulté pour les relations.

  • beaucoup de mots difficiles.

 

Et vous, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous lu ces livres avec des adultes en apprentissage de lecture ?