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Bibliothèques et Alpha, toute une histoire!

Les pratiques d’alphabétisation en bibliothèque, ce n’est pas nouveau. Nous vous avons concocté une sélection bibliographique qui met en lumière différents documents sur le sujet :

livret biblio et alpha
Cliquez sur l’image pour découvrir cette bibliographie

En 2009, parait un décret relatif aux pratiques de lecture, organisé par le réseau public de la lecture et les bibliothèques publiques. (Moniteur belge du 5/11/2009). Ce décret initie notamment une action d’ouverture des bibliothèques  à un public éloigné de la lecture… dont celui des personnes analphabètes.

Pour sa part, le réseau alpha a toujours privilégié l’importance de la lecture en contexte (fictions et documentaires), les ateliers de lecture, les outils pédagogiques centrés sur la découverte d’un livre, les visites en bibliothèques…

En fait, depuis les années ’80, on constate, on en parle, on agit des deux côtés, comme en témoignent les nombreux articles proposés ci-dessous.

Une volonté commune de collaboration est née, avec comme points culminants :

  • la création du site « Bibliothèque et alphabétisation des outils pour développer les partenariats » alphabibliotheque.be
  • la publication du Collectif Alpha 2019 « Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque » accompagnée de la création d’un blog https://alphaenbiblio.wordpress.com

Cette sélection propose une tentative d’historique, des propositions d’activités et quelques études et recherches

Popplet en bibliothèque

Le 3e type de projet abordé dans notre livre « Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque » est celui où la bibliothécaire s’investit plus dans le projet d’alpha, les animations proposées résultant d’un travail de préparation en commun. Un petit aperçu de se travail commun vous a déjà été proposé sur ce blog, mais il se peut (on s’espère!) que votre curiosité ne soit pas encore assouvie. Concrètement, ça donne quoi, ces projets? Hé bien, ceci par exemple (cliquez sur l’image pour lire la brochure) :

biblio t es qui toi

En 2013-2014, Françoise, bibliothécaire à Saint-Gilles, a proposé à France, formatrice,  l’utilisation d’un logiciel disponible sur internet: popplet. C’est une sorte de tableau noir électronique qui permet de créer une carte mentale simple avec du texte, des images, des films… Cet outil en ligne offre l’avantage de créer des présentations multimédias de manière très simple.

Les apprenants ont créé des fiches des livres lus et de l‘émission Quai des Belges. Ils ont illustré la géographie du groupe par des photos, des illustrations sélectionnées sur Google image, et des musiques sélectionnées sur Youtube. Les séances ont eu beaucoup de succès, car les apprenants sont très demandeurs de pouvoir maitriser l’outil informatique.

Voici un exemple de fiche-livre :

popplet fiche livre

Les cartes mentales permettent particulièrement bien de travailler l’organisation structurée des données, un des objectifs des cours d’alpha (identifier des éléments clé pour réaliser une présentation).

9782364741232

Le groupe a travaillé sur le thème de l’identité, à partir du livre « Je suis… », créant ensuite des « fleurs de personnalité », à l’aide de popplet mais aussi sur papier, ainsi qu’un autoportrait littéraire. Ils ont également visité une expo (Duane Hanson) et réalisé des popplet suite à celle-ci sur le thème « ce que j’aimerais changer dans la société… », participé à une émission TV (Quai des belges), fait une présentation publique de leur travail… A partir d’un thème, l’identité, de multiples ramifications sont possibles!

Une fleur d’identité, sur papier et à l’aide de poplet, et autoportrait littéraire :

Popplet réalisé suite à la visite de l’expo :

popplet expo Duane Hanson

Et si vous voulez en savoir plus sur ce projet, écoutez France et Françoise, formatrice et bibliothécaire, lors d’une présentation de celui-ci lors du colloque « des écrits aux écrans » organisé par la Maison du Livre :

De l’obligation administrative à la relation émotionnelle

  • Désolé
  • On va vous appeler
  • Lu et approuvé
  • Remplissez ce questionnaire

Telle est la réponse des apprenantes d’un cours d’alphabétisation lorsqu’on leur demande quels sont les mots de la langue française qui les ont marquées. Des mots qui laissent transparaître la réalité administrative, lourde et froide, qui fût leur premier rapport avec notre société de l’écrit, pour elles qui n’ont pas été scolarisées. Puis il y eut les cours au Collectif Alpha, où la réussite se traduit par l’émancipation et non par les bonnes notes, où lecture rime avec émotions et non obligations… Il y eut un atelier bibliothèque dans lequel les procédures administratives laissent la place au partage et à l’échange, autour des livres et entourés de livres. Il y eut une relation dans la durée, basée sur la confiance.

Voici donc une 3e mise en bouche qui présente le 3e projet de notre publication à paraître prochainement, Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque : la collaboration entre une formatrice du Collectif Alpha, France Fontaine, et d’une bibliothécaire de Saint-Gilles, Françoise Deppe, pour faire plonger le groupe d’apprenantes et d’apprenants dans la lecture au-delà de l’acte technique, à la rencontre des émotions.

Les 15 premières minutes de cette émission spéciale de « Quai des Belges » à l’occasion de la langue française en fête 2014 vous emmènent à la découverte d’une séance d’un atelier bibliothèque, suivie d’un entretien où France et Françoise expliquent à Hadja Lahbib les particularité de cet atelier destiné à des adultes pas ou peu scolarisés.

Interview dont on retrouve des extraits dans la publication Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque :

France (formatrice) :  à travers la lecture, on fait des rencontres d’abord avec soi-même et aussi avec les autres [du groupe] ; pour que ça se passe avec les autres, il y a bien un climat de confiance qui doit s’instaurer, car les parcours sont différents, les histoires différentes et pas toujours simples. C’est quelque chose qui se construit ensemble et dans la durée.

Françoise (bibliothécaire) : On identifie très bien tous ensemble ce pourquoi on est là. Nous passons beaucoup de temps France et moi à rappeler cela : le cadre, et aussi les objectifs. Nous avons des objectifs et les personnes qui participent à cet atelier à la bibliothèque ont aussi des objectifs. Et en parler (…) c’est une façon de parler de soi mais de parler de soi en action. Et à partir de là, ben oui il y a de la psychologie…il y a surtout de l’écoute, énormément d’écoute, entre nous, dans le groupe… Et cette écoute fait que, oui, à un moment donné, je peux me tromper. Simplement parce qu’on est tous dans le même voyage… (…) le problème c’est la réappropriation de sa propre image, c’est voir un petit peu qu’est-ce qui se passe, est-ce que c’est moi ? Comment je me resitue ? Comment je revisite mon histoire ? Qu’est-ce qui s’y est passé ?

Et l’histoire des outils, et notamment du livre, permet cette espèce de distanciation. Quand on ne le présente pas comme un objet de lecture obligatoire, ou objet de compréhension en soi. C’est : « tiens, qu’est-ce que ça peut me raconter ? Qu’est-ce que ça raconte sur les autres ? Comment je peux m’en servir ? Qu’est-ce qui me plait ou me déplait ? »

Tout d’un coup, il y a une relation vivante aux bouquins, liée aux émotions. Comme on en a en tant que lecteur lettré !

Généralement, sauf pour des besoins purement utilitaires, la relation avec les livres qu’on aime ou qu’on n’aime pas est très forte. Elle est liée aux émotions. Et le fait d’être liée aux émotions, ça nous rend tous un peu pareils par rapport aux livres. Et ça c’est intéressant. Ça, c’est ce sur quoi on travaille dans l’atelier.

 

Livres lus à deux en 2012-2014

Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque présente le projet « Lire à deux – pour accéder au plaisir de lire », né en 2012 à l’initiative de Kristine Moutteau, alors formatrice au Collectif Alpha de Saint-Gilles, qui réunit tous les quinze jours à la bibliothèque un groupe d’apprenants et autant de volontaires, pour deux heures de lecture partagée en binômes. Le premier projet est né en collaboration étroite avec la Bibliothèque communale de Saint-Gilles et en particulier avec Catherine Lehon, directrice de la Biblio. En 2014, le centre doc du Collectif Alpha a réalisé une brochure téléchargeable très complète qui détaille le projet.Vous y retrouverez entre autres cette liste des livres plébiscités par les acteurs de ce projet à ses débuts : bibliothécaire, bénévoles, formatrice… et bien sûr les apprenantes et apprenants.

Certains livres, qui apparaissent compliqués au départ, ont pourtant du succès parce que la forme, ou la thématique, parle aux apprenants. D’autant qu’un apprenant n’est pas l’autre !

Mon destinMon destin est entre les mains de mon père / Diallo Khadidiatou, Collectif Alpha, 2007.

« Ce livre, c’est une histoire d’amour avant tout mais c’est aussi une histoire qui parle du combat des femmes contre les mutilations sexuelles. » Ce roman se divise en plusieurs tomes et est accessible à des groupes alpha de niveau débutant. Le premier tome met en scène Goubé, une jeune fille sénégalaise qui habite chez sa tante Daba. Un jour, elle apprend qu’elle doit se marier avec son cousin Sidi. Mais tous deux souhaitent choisir eux-mêmes avec qui se marier. Vont-ils échapper au destin préparé par leurs parents ? Et quels terribles secrets cache Daba ? Pourquoi veut-elle protéger Goubé ?

  • Vous pouvez acheter ce livre, ainsi que les deux tomes qui complètent l’histoire, via le service librairie du Collectif Alpha. Vous y retrouverez d’autres lectures faciles conçues pour (et parfois par) des apprenants en alphabétisation.

 

mon papa a peur des étrangersMon papa a peur des étrangers / SCHAMI Rafik, Könnecke Ole, La Joie de Lire, 2004.

Rebecca vit seule avec son papa qu’elle aime beaucoup, mais elle ne comprend pas pourquoi il a si peur des étrangers. Elle sent bien qu’il se crispe lorsqu’ils croisent un Noir dans la rue, par exemple. Elle voudrait l’aider à chasser cette peur. L’occasion va lui être offerte par l’invitation de Bania, son amie tanzanienne, à venir fêter son anniversaire dans sa famille. Rebecca suggère à Bania d’inviter aussi son papa qui connaît mille et un tours de magie… Un album qui prouve que le racisme n’est pas une maladie incurable et que les enfants peuvent être parfois d’excellents thérapeutes.

  • (on aime l’histoire). Beaucoup lu

 

l arbre aux oiseaux

 

L’arbre aux oiseaux  / Say Allen, Ecole Des Loisirs, 1997.

Pourquoi Maman fait-elle autant de mystères aujourd’hui? Que va-t-elle faire des oiseaux en papier qu’elle fabrique? Pourquoi n’a-t-elle rien dit à son fils qui lui avait désobéi en allant jouer près de la mare?

 

 

ImpressionLe bus de Rosa / Silei Fabrizio ; Quarello Maurizio, Sarbacane, 2011.

Detroit, le musée des Transports. Assis dans un vieux bus, un vieil homme noir raconte à son petit-fils la ségrégation raciale dans l’Amérique de sa jeunesse : à l’école, dans les bars, dans le bus. Il lui raconte aussi comment, le 1er décembre 1955, une femme, Rosa Parks, refusa de céder sa place dans le bus à un Blanc, lançant le mouvement pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis. Une histoire que le grand-père connaît bien : il se trouvait lui aussi dans le bus, ce jour-là. Assis à côté de Rosa. Mais il n’a pas eu son courage…

– Une histoire forte et universelle sur la liberté, l’égalité et le courage
– Un livre sur la transmission de la parole, d’un grand-père à son petit-fils
– Couleurs chaudes noir et blanc, des images à l’ambiance sentie et aux cadrages cinématographiques puissants !

 

une soupe au caillouLa soupe au caillou / Vaugelade Anaïs, Ecole Des Loisirs, 2011.

Un vieux conte populaire revisité. Le village des animaux est sous la neige. Un vieux loup famélique apparaît, un sac sur l’épaule. Il entre chez la poule, pour faire une « soupe au caillou » avec de l’eau chaude et un gros caillou. Tous les animaux sont curieux de savoir ce que veut ce loup et ils apportent chacun un légume pour agrémenter la soupe. Quand la soupe est prête et que tous commencent à la déguster, le cuisinier prend congé et s’éloigne à pas de… loup.

  • pas difficile, dessins très clairs.

 

les pieds de philomèneLes pieds de Philomène / Desarthe Agnès ; Vaugelade Anaïs, Ecole des Loisirs, 1997.

Paul était un grand savant assez prétentieux. Il était convaincu d’avoir toujours raison. Philomène était femme de ménage, mais elle aurait préféré être chercheuse d’or. D’ailleurs, qui d’autre qu’elle aurait pu déceler le trésor que cachait Paul?

 

la lecon de pecheLa leçon de pêche / Böll Heinrich ; Bravo Emile, P’tit Glénat, 2012.

C’est l’histoire d’un pêcheur, en train de faire tranquillement sa sieste après une pêche matinale. Arrive un touriste, plutôt stressé et tout à fait intrigué. Il réveille le pêcheur, afin de l’interroger. Il lui donne plein d’idées ! « Et si vous alliez pêcher plus souvent, vous pourriez acheter des bateaux, une conserverie, faire travailler les gens à votre place! » « Et pourquoi ? » répond le pêcheur incrédule… Une fable qui nous rappelle d’être plus à l’écoute de nos aspirations et de garder en tête l’ambition… du bonheur !

Mon ami JimHD

 

Mon ami Jim /Crowther Kitty,  Pastel, 1996.

Jack est un merle mais la mer l’attire depuis toujours. Un jour, il décide de quitter sa forêt. Arrivé au bord de la mer, il rencontre Jack la mouette. C’est le début d’une grande amitié…

 

la peche à la marmiteLa pêche à la marmite / Mwankumi Dominique, Ecole des Loisirs, 1998

Au Congo (ex-Zaïre), les eaux du Kasaï sont la seule école que fréquentent régulièrement Kumi et ses jeunes amis. Les cours qu’ils y reçoivent sont passionnants mais parfois dangereux : qu’il pêche du bord à la marmite ou au milieu de la rivière en pirogue, le mauvais élève risque ici beaucoup plus que cent lignes à copier. Quand rôde le terrible « ngando », la moindre inattention, la moindre faute peuvent vous coûter la vie.

  • Pas trop difficile au niveau vocabulaire.

 

une maman toute entiereUne Maman tout entière / Ka Olivier ; Mélanson Luc, Milan, 2008.

Une Maman tout entière, c’est une maman qu’un enfant aime dans toute sa totalité. Cet album plein d’amour propose le regard d’un enfant sur sa maman qui est très grosse. Pour lui, c’est une fierté, elle est moelleuse, ses mains sont des oreillers, ses bras des traversins… Et quand tous les enfants la montrent du doigt dans la rue, il est fier car elle pourrait prendre vingt enfants dans ses bras, mais ce n’est que lui qui en profite !

  • pas trop compliqué

 

un secret de la foretUn Secret de la Forêt / Sobrino Javier ; Odriozola Elena, Oqo , 2009.

Depuis qu’elle le connaît, mademoiselle Écureuil n’a rien d’autre dans la tête… Mademoiselle Écureuil est tombée amoureuse ! Dans tous les recoins de la forêt, on entend parler de ce secret. Pour certains, ce n’est qu’un coup de folie, mais l’automne arrive…

Dans ce conte, l’auteur nous présente une histoire d’amour attendrissante et étonnante dans laquelle il est suggéré que les différences ne constituent pas une difficulté pour les relations.

  • beaucoup de mots difficiles.

 

Et vous, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous lu ces livres avec des adultes en apprentissage de lecture ?

Les débuts du projet parents-enfants

Dans l’ouvrage Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque on parle ainsi de l’origine d’un des trois projets présentés : les ateliers parents-enfants.

video parents enfants

« En 2009, Annick Perremans, formatrice, fait le constat que dans son groupe, plusieurs parents expriment des choses difficiles sur le regard parfois négatif que leurs enfants portent sur eux : « toi tu ne sais même pas lire, tu n’as rien à me dire ». Cela survient parfois assez tôt, à partir du moment où l’enfant se rend compte que le parent « ne suit pas ».

Elle met donc en place des séances avec ses apprenants et leurs enfants, à la bibliothèque de Koekelberg déjà, avec à l’époque la définition de plusieurs objectifs en réponse à cette problématique.

Il s’agit ainsi pour elle de « mettre les parents dans une position de pouvoir vis-à-vis de leurs enfants, alors que par rapport à l’écrit en français, ce sont les enfants qui sont habituellement en situation de pouvoir vis-à-vis de leurs parents » et aussi de « créer une situation affective positive de reconnaissance mutuelle, et ce autour du livre », tout cela en amenant le parent à être la personne qui « entre » le livre à la maison et qui y devient un vecteur de l’utilisation du français.

Bien sûr, elle y voit déjà aussi une situation concrète intéressante de transfert de compétences en dehors du lieu d’apprentissage. »

Retrouvez sur le site du Collectif Alpha et sur celui de Bibliothèques publiques et alphabétisation, une description plus complète des matinées découverte avec les enfants, ainsi que cette vidéo :