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Quand la bibliothèque va à toi…

Lors du colloque de l’association française de lutte contre l’illettrisme Initiales, le 4 octobre à Reims (notre contribution, bientôt sur ce blog!), les association d’alphabétisation soulignaient l’importance de sortir de la classe pour aller vers les bibliothèques… et les bibliothèques manifestaient la volonté de sortir de leurs murs pour aller à la rencontre du public. C’est ce qu’à fait la Maison du Livre à Saint-Gilles avec le projet Street & Read : un vélo-cargo rempli de livres s’en va à la rencontre des plus exclus, les personnes qui vivent dans la rue.

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Depuis septembre 2019, chaque vendredi le triporteur fait halte dans les 3 principales gares de Bruxelles. Il s’agit de rendre la possibilité de lire accessible à tous mais aussi d’utiliser le livre comme « prétexte » pour sortir ce public de l’isolement social. On retrouve donc le fil rouge de toutes les projets d’alpha en bibliothèque présentés dans notre publication : le livre est un vecteur de lien social.  En hiver, cela fait les gros titres : le froid tue. Mais c’est toute l’année que des personnes exclues de toutes part meurent à petit feu, par manque de chaleur humaine, de repères auxquels s’accrocher, de toutes ces choses qui font qu’on est humains, qu’on a envie de vivre et pas uniquement de survivre…  C’est en cela que la culture est fondamentale. N’en déplaise à Jan Jambon qui balaye le secteur d’un grand coup de massue, en réduisant ses subsides de 60% en Flandres.

Envie d’en savoir plus sur ce projet mené en partenariat pas La Maison du Livre, Douche Flux et Alter Educs ? Envie de vous investir ? C’est par ICI.  Par exemple, vous pouvez confier à l’équipe votre livre coup de cœur, pour qu’il puisse être partagé avec le public.

Accueillir des groupes d’alpha en biblio

L’année commence, les nouvelles collaborations se mettent en place, et voilà qu’une association d’alphabétisation du quartier vous contacte : elle veut débarquer chez vous, dans la bibliothèque, avec un groupe d’adultes qui ne savent pas lire! Panique! Qu’allez-vous faire, vous bibliothécaire, avec cet étrange public ?

e5bf9d6704f78295d3151140ed575525Les formatrices et formateurs en alpha ont l’habitude de communiquer avec des personnes qui ne savent ni lire ni écrire. Mais pour vous, bibliothécaires, c’est une autre affaire, puisque votre job est justement centré sur la lecture. Comment donc allez-vous accueillir dans votre antre ces êtres étranges venus d’un autre monde? « La bibliothèque dont vous êtes le héros«  est un guide précieux pour bibliothécaire désemparé.e. Ou même aguerri.e. Ou qui se croit comme tel…

Parce que même s’il n’y a pas de quoi paniquer, non, les personnes analphabètes ne sont pas comme le reste du public de la bibliothèque : ils ne connaissent pas ces lieux et les codes qui les régissent, ils ne sont pas habitués aux livres et le monde de l’écrit peut les mettre mal à l’aise. En effet, dans notre société, ne pas savoir lire et écrire est trop souvent vu comme une tare, voire une condition inférieure, ce qui porte un fameux coup à leur auto-estime. C’est donc à vous, bibliothécaire, de les mettre à l’aise et de les initier aux arcanes de ce monde merveilleux qui est le vôtre… Lisez et relisez donc sans plus tarder les principes, l’itinéraire et le dictionnaire pratique réalisé à Montréal pour le personnel des bibliothèques publiques.

bib dont vous etes le heros

Un extrait qui pose vos avantages en tant que bibliothécaire :

Comme héros ou héroïne, nous avons de nombreux avantages sur l’ensemble de notre clientèle. Dans une bibliothèque, nous sommes dans notre élément:

  • nous connaissons les règles du jeu;
  • nous sommes familiers avec le terrain;
  • nous maîtrisons le vocabulaire;
  • nous avons une bonne perception de l’espace et nous nous y déplaçons facilement;
  • et surtout, nous connaissons les possibilités et l’intérêt du «jeu».

 

Un autre extrait, sur un lieu inattendu et pourtant important :

Les toilettes
☺ Ne les oubliez surtout pas. C’est probablement le seul élément de votre bibliothèque avec lequel ils sont familiers!
☺ C’est également, pour l’ensemble de vos clientèles d’ailleurs, l’élément le plus démystificateur qui soit!

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… et puis il y a ceux dont les toilettes sont une bibliothèque ! 😉

Popplet en bibliothèque

Le 3e type de projet abordé dans notre livre « Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque » est celui où la bibliothécaire s’investit plus dans le projet d’alpha, les animations proposées résultant d’un travail de préparation en commun. Un petit aperçu de se travail commun vous a déjà été proposé sur ce blog, mais il se peut (on s’espère!) que votre curiosité ne soit pas encore assouvie. Concrètement, ça donne quoi, ces projets? Hé bien, ceci par exemple (cliquez sur l’image pour lire la brochure) :

biblio t es qui toi

En 2013-2014, Françoise, bibliothécaire à Saint-Gilles, a proposé à France, formatrice,  l’utilisation d’un logiciel disponible sur internet: popplet. C’est une sorte de tableau noir électronique qui permet de créer une carte mentale simple avec du texte, des images, des films… Cet outil en ligne offre l’avantage de créer des présentations multimédias de manière très simple.

Les apprenants ont créé des fiches des livres lus et de l‘émission Quai des Belges. Ils ont illustré la géographie du groupe par des photos, des illustrations sélectionnées sur Google image, et des musiques sélectionnées sur Youtube. Les séances ont eu beaucoup de succès, car les apprenants sont très demandeurs de pouvoir maitriser l’outil informatique.

Voici un exemple de fiche-livre :

popplet fiche livre

Les cartes mentales permettent particulièrement bien de travailler l’organisation structurée des données, un des objectifs des cours d’alpha (identifier des éléments clé pour réaliser une présentation).

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Le groupe a travaillé sur le thème de l’identité, à partir du livre « Je suis… », créant ensuite des « fleurs de personnalité », à l’aide de popplet mais aussi sur papier, ainsi qu’un autoportrait littéraire. Ils ont également visité une expo (Duane Hanson) et réalisé des popplet suite à celle-ci sur le thème « ce que j’aimerais changer dans la société… », participé à une émission TV (Quai des belges), fait une présentation publique de leur travail… A partir d’un thème, l’identité, de multiples ramifications sont possibles!

Une fleur d’identité, sur papier et à l’aide de poplet, et autoportrait littéraire :

Popplet réalisé suite à la visite de l’expo :

popplet expo Duane Hanson

Et si vous voulez en savoir plus sur ce projet, écoutez France et Françoise, formatrice et bibliothécaire, lors d’une présentation de celui-ci lors du colloque « des écrits aux écrans » organisé par la Maison du Livre :

De l’obligation administrative à la relation émotionnelle

  • Désolé
  • On va vous appeler
  • Lu et approuvé
  • Remplissez ce questionnaire

Telle est la réponse des apprenantes d’un cours d’alphabétisation lorsqu’on leur demande quels sont les mots de la langue française qui les ont marquées. Des mots qui laissent transparaître la réalité administrative, lourde et froide, qui fût leur premier rapport avec notre société de l’écrit, pour elles qui n’ont pas été scolarisées. Puis il y eut les cours au Collectif Alpha, où la réussite se traduit par l’émancipation et non par les bonnes notes, où lecture rime avec émotions et non obligations… Il y eut un atelier bibliothèque dans lequel les procédures administratives laissent la place au partage et à l’échange, autour des livres et entourés de livres. Il y eut une relation dans la durée, basée sur la confiance.

Voici donc une 3e mise en bouche qui présente le 3e projet de notre publication à paraître prochainement, Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque : la collaboration entre une formatrice du Collectif Alpha, France Fontaine, et d’une bibliothécaire de Saint-Gilles, Françoise Deppe, pour faire plonger le groupe d’apprenantes et d’apprenants dans la lecture au-delà de l’acte technique, à la rencontre des émotions.

Les 15 premières minutes de cette émission spéciale de « Quai des Belges » à l’occasion de la langue française en fête 2014 vous emmènent à la découverte d’une séance d’un atelier bibliothèque, suivie d’un entretien où France et Françoise expliquent à Hadja Lahbib les particularité de cet atelier destiné à des adultes pas ou peu scolarisés.

Interview dont on retrouve des extraits dans la publication Pratiques d’alphabétisation en bibliothèque :

France (formatrice) :  à travers la lecture, on fait des rencontres d’abord avec soi-même et aussi avec les autres [du groupe] ; pour que ça se passe avec les autres, il y a bien un climat de confiance qui doit s’instaurer, car les parcours sont différents, les histoires différentes et pas toujours simples. C’est quelque chose qui se construit ensemble et dans la durée.

Françoise (bibliothécaire) : On identifie très bien tous ensemble ce pourquoi on est là. Nous passons beaucoup de temps France et moi à rappeler cela : le cadre, et aussi les objectifs. Nous avons des objectifs et les personnes qui participent à cet atelier à la bibliothèque ont aussi des objectifs. Et en parler (…) c’est une façon de parler de soi mais de parler de soi en action. Et à partir de là, ben oui il y a de la psychologie…il y a surtout de l’écoute, énormément d’écoute, entre nous, dans le groupe… Et cette écoute fait que, oui, à un moment donné, je peux me tromper. Simplement parce qu’on est tous dans le même voyage… (…) le problème c’est la réappropriation de sa propre image, c’est voir un petit peu qu’est-ce qui se passe, est-ce que c’est moi ? Comment je me resitue ? Comment je revisite mon histoire ? Qu’est-ce qui s’y est passé ?

Et l’histoire des outils, et notamment du livre, permet cette espèce de distanciation. Quand on ne le présente pas comme un objet de lecture obligatoire, ou objet de compréhension en soi. C’est : « tiens, qu’est-ce que ça peut me raconter ? Qu’est-ce que ça raconte sur les autres ? Comment je peux m’en servir ? Qu’est-ce qui me plait ou me déplait ? »

Tout d’un coup, il y a une relation vivante aux bouquins, liée aux émotions. Comme on en a en tant que lecteur lettré !

Généralement, sauf pour des besoins purement utilitaires, la relation avec les livres qu’on aime ou qu’on n’aime pas est très forte. Elle est liée aux émotions. Et le fait d’être liée aux émotions, ça nous rend tous un peu pareils par rapport aux livres. Et ça c’est intéressant. Ça, c’est ce sur quoi on travaille dans l’atelier.